00 - Du Château des Verjus à la révolution Française

plan de 1752 du Château et des jardins de Crécy (Paris, musée des plans et reliefs)

 

C’est vraisemblablement au début du XIII° siècle que fut bâti à Couvé un premier château, composé en partie d’un corps de logis dominant la vallée, flanqué d’un épais donjon. Les soubassements de ces deux bâtiments sont maintenus par un mur encore en partie visible à gauche du chemin descendant vers la vallée, et passant à côté du chœur de l’église actuelle, à l’emplacement de laquelle fut édifiée à cette époque la chapelle du château. Dans la seconde moitié du XV° siècle est mentionné un moulin. Adossé à cet enclos, le village de Couvé n’était composé que de quelques modestes chaumières.


Vers 1730, le marquis de Crécy Louis-Alexandre Verjus abat l’antique château féodal familial, acquiert de nombreux terrains, et projette les plans d’un nouveau château, de style italien, sans toit apparent. Les architectes décident de construire une vaste terrasse, maintenue par un mur de près de cinq cents mètres de long, destinée à recevoir le futur château et ses jardins dominant la vallée. En même temps, le marquis Louis-Alexandre Verjus entreprend la canalisation de la vallée de la Blaise sur près de trois kilomètres.


Tous ces travaux onéreux le ruinèrent, et il revend son domaine en 1746 à Madame de Pompadour. Pleine de projets, elle agrandit considérablement le château et le décore magnifiquement, redessine les jardins, et finit d’aménager la vallée de la Blaise. Elle fait creuser en face du château un long bassin nommé "Le Miroir". Elle pourra ainsi accueillir dignement, dans sa première demeure, le roi Louis XV, qui y viendra vingt-trois fois de 1746 à 1755.

Les deux extrémités du domaine sont fermées par deux édifices : au nord, le petit château d’Aunay acheté par Louis XV en 1747, et au sud, par le moulin existant, complété d’une façade aveugle classique, nommé "La Bellassière", qui sert de buanderie et d’orangerie l’hiver. L’ancien potager dit d’ "en-haut", et le nouveau, créé au pied du château, dit d’ "en-bas", alimentent la seigneurie de Crécy et le village de Couvé.


L’alimentation en eau et sa distribution, tant du château que du village, est assurée par une "Machine élévatoire" (hydraulique), très novatrice pour l’époque, réalisée par l’ingénieur Antoine Deparcieux en 1751, qui nous livre le détail suivant :

« M.de la Marquiſe de Pompadour déſirant avoir de l’eau à ſon château de Créci, beaucoup moins pour y faire des embelliſſemens que pour prévenir ou pour parer les accidens qui pouvoient arriver pendant les ſéjours que le Roi y fait, pluſieurs perſonnes préſentèrent des projets à cet effet, qui exigeant de trop grandes dépenſes, ou ne pouvant pas fournir une quantité d’eau ſuſſisante, furent rejetées. »

(Mémoire d'Antoine Deparcieux, 1753 – Archives de l’Académie des Sciences à Paris)

 

Grâce à ce dispositif, les bassins et citernes sont généreusement remplis. [Se reporter au site dit de "la Machine".]

Madame de Pompadour acquiert par ailleurs de nombreux terrains et bâtiments dans les environs de Crécy, créant ainsi le "Domaine de Crécy", élevé au rang de marquisat.

 

Le roi ne venant plus à Crécy à partir de 1755, et les finances allouées étant considérablement réduites, Madame de Pompadour est contrainte de vendre son " cher Crécy " en 1757 ; c’est le Duc de Penthièvre qui en devient le nouveau propriétaire. Il le revendra à son tour en 1775 au Prince de Montmorençy.

Survient la Révolution. La veuve de Montmorency émigre en 1791, et son château est saisi, puis revendu comme bien national, à un américain, Daniel Parker. Il le démolit, et en revend les éléments de valeur les plus intéressants. Le reste servira de carrière de pierre.