31 – La Machine hydraulique

Ayant acheté le château de Crécy de Louis-Alexandre Verjus, en 1746, Madame de Pompadour l’a considérablement agrandi et embelli, s’entourant alors des services des plus grands du royaume : architectes du Roi, artistes réputés de l’époque, ...et de l’ingénieur Deparcieux.

 

Celui-ci nous fait part de la problématique propre à Crécy vers 1750. Il précise dans son mémoire présenté au printemps 1753 :

« M.de la Marquiſe de Pompadour déſirant avoir de l’eau à ſon château de Créci, beaucoup moins pour y faire des embelliſſemens que pour prévenir ou pour parer les accidens qui pouvoient arriver pendant les ſéjours que le Roi y fait, pluſieurs perſonnes préſentèrent des projets à cet effet, qui exigeant de trop grandes dépenſes, ou ne pouvant pas fournir une quantité d’eau ſuſſisante, furent rejetées.

M. de Buffon, dont on connoit les lumières, fut conſulté & prié de voir lui-même s’il n’y auroit pas de moyen plus ſimple ; il me propoſa à M.de de Pompadour pour voir avec lui le parti qu’il y avoit à prendre : nous y fimes pluſieurs voyages enſemble, & le réſultat de nos examens fut que le moyen le plus ſimple & le moins coûteux étoit de ſe ſervir de la force de la petite rivière de Blaiſe, qui coule dans la vallée de Créci, pour élever une partie de ſon eau juſqu’à un réſervoir placé au haut de la côte, à 163 pieds [environ 54 mètres] au deſſus de la ſurface de l’eau de la rivière. »

 

Après maints calculs, interrogations, relevés sur place, détaillés dans ce mémoire, il poursuit:


« Je me trouvai donc chargé de chercher le moyen d’employer la force que pouvoit me fournir la Blaiſe, de manière qu’elle fît monter le plus d’eau qu’il me ſeroit poſſible à la hauteur où elle devoit arriver. »

Ses observations et ses calculs se sont avérés fiables, puisqu’ils lui ont permis de réaliser la « machine élévatoire » du château de Crécy, en 1752, ainsi qu’il le précise lui-même plus au début de son Mémoire:

« J’ai avancé, dans le précis que j’ai lû dernièrement à l’Académie ſur la machine que j’ai fait exécuter l’an paſſé à Créci , [… ] »

 

L’alimentation en eau du château, de ses jardins et de ses dépendances était un enjeu majeur.

Elle devait répondre aux trois exigences suivantes : nécessité vitale pour les personnes et les nombreux animaux, sécurité (en cas d’incendie), plaisir. Le tout conjugué aux modes fiabilité et confort : les installations se devaient d’être aussi fiables que possible, et prétendaient allier également le plaisir à l’efficience.

Il avait été prévu pour cela même jusqu’à un petit canal souterrain, qui alimentait l’intérieur de certaines maisons de Couvé en « eau courante », en soulevant simplement une trappe. Chose improbable, qui n’existait pas à Versailles! Les besoins étaient considérables, si l’on prend en compte l’arrosage des deux potagers principaux et celui de l’Hôpital Saint-Jean, l’agrément des nombreux bassins, et le remplissage de la Glacière, probablement effectué à l’occasion du gel des canaux ou des bassins du parc…

Maquette de la machine élévatoire de Crécy